Le Rapport Birraux - Bataille
« La durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs"
une esquisse « monochromatique » incomplète et périlleuse
pour l'industrie nucléaire française.

Paris, le 28 mai 2003

Le World Council of Nuclear Workers observe que pour élargir leur vision prospective de l’industrie nucléaire française, Messieurs Birraux et Bataille se sont contentés d’aller voir ce qui se passait aux Etats-Unis, alors qu’ils reconnaissent que c’est en Russie et en Asie que se trouvent les marchés. Messieurs Birraux et Bataille n’ont rencontré aucun représentant de la Russie, de la Chine, du Japon, de l’Inde et de la Corée du Sud, voire même de l’Afrique du Sud ou du Brésil - qui sont pourtant les seuls pays actuellement - avec la France - à développer des programmes nucléaires. Ils n’ont pas rencontré les représentants de l’Union Européenne dont les dotations budgétaires en matière de recherche nucléaire ne sont pas à dédaigner. Ils n’ont pas rencontré Madame Loyola de Palacio, Commissaire européen, en charge de l’énergie nucléaire, représentant de l’Espagne, pays qui vient de postuler - avec le soutien des Etats Unis - pour l’implantation sur son territoire du projet ITER. Ils n’ont pas rencontré les Prix Nobel français de Physique, de Chimie ou d’Economie.

Il n’est alors pas étonnant que ce rapport soit très incomplet. Parmi les nombreuses lacunes qui le discréditent on peut citer l’absence de référence au « dessalement nucléaire » dont le marché est estimé par la Banque Mondiale à 600 milliards de dollars ou aux combustibles «non-proliférants».

Les recommandations de Messieurs Birraux et Bataille vont conduire imparablement l’industrie nucléaire française à repasser sous le joug de l’industrie nucléaire américaine, avec à terme, sa liquidation.

WONUC regrette que Messieurs Birraux et Bataille n’aient pas eu l’audace de quitter les cercles fermés de la France du Pouvoir pour s’aventurer à la rencontre de la France du Savoir et redonner ainsi quelques couleurs à la vision monochromatique des cercles restreints du pouvoir jacobin.

La lettre adressée à Messieurs Birraux et Bataille, députés.

Paris, le 1er juin 2003

Messieurs les Députés,

Dans le cadre d’un mandat de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, vous avez procédé à l’établissement d’un rapport sur « La durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs ». Vous avez conclu sur la gestion de la durée de vie des centrales, sur ’l'EPR et les autres réacteurs à lhorizon 2015, et sur’ leffort de R&D nécessaire pour réussir à l'horizon 2035 la mise au point des autres réacteurs en projet .

Pour ce faire, vous avez procédé à l’audition en 110 heures de 180 personnalités du secteur nucléaire et organisé quatre tables rondes. Votre volonté d’une recherche élargie d’informations conséquentes se retrouve dans le nombre des personnalités étrangères que vous avez rencontrées. Ces personnalités représentent cinq pays dont quatre, Allemagne (12 personnalités), Belgique (2 personnalités), Finlande (10 personnalités) et Suède (14 personnalités) ne possèdent pratiquement plus aucune expertise en matière ingénierie nucléaire. Pour l’Allemagne, c’est même tout le système universitaire en matière de nucléaire qui est voie de disparition. Le cinquième pays est les Etats-Unis (49 personnalités).

Alors que vous reconnaissez que c’est en Asie et en Russie que se trouvent les marchés porteurs, vous n’avez rencontré aucun représentant de la Russie, de la Chine, du Japon, de l’Inde et de la Corée du Sud, voire même de l’Afrique du Sud ou du Brésil - qui sont pourtant les seuls pays actuellement - avec la France - à développer des programmes nucléaires. Vous n’avez pas rencontré de représentants de l’Union Européenne dont les dotations budgétaires en matière de recherche nucléaire ne sont pas à dédaigner. Vous n’avez pas rencontré Madame le Commissaire européen, en charge de l’énergie nucléaire, représentant de l’Espagne, pays qui vient de postuler - avec le soutien des Etats Unis - pour l’implantation sur son territoire du projet ITER Vous n’avez pas rencontré les Prix Nobel français de Physique, de Chimie ou d’Economie, qui ont pourtant montré à de très nombreuses reprises l’intérêt qu’ils portaient à l’énergie. Vous n’avez rencontré que les représentants de « la France du Pouvoir » et négligé - comme d’habitude - « la France du Savoir ». Il est alors fort aisé de comprendre les nombreuses lacunes que contient votre document et qui en altèrent profondément la qualité.

Pour affermir mon propos, je me contenterai de ne citer que deux lacunes :

  1. Vous expédiez en quatre mots l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’eau douce ou le traitement des eaux usés, le dessalement nucléaire, dont le marché est estimé par la Banque Mondiale à 600 milliards de dollars. Pourtant, les ressources en eau douce conditionnent déjà dans plusieurs parties du globe la problématique de la guerre ou la paix, mais aussi celle de la santé, des conditions de vie, de la prospérité, de la lutte contre la précarité, de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre, etc. Vous trouverez joint à cette lettre, un exemplaire de l’International Journal of Nuclear Desalination.
  2. Pas un mot non plus sur la production des combustibles nucléaires auto-neutrophagenètes qui résoudraient très simplement le problème de la prolifération.
Votre vision est celle d’un monde fasciné par les Etats-Unis, alors que dans ce domaine comme dans tant d’autres, c’est également vers la Russie et l’Asie qu’il faut regarder… Votre document reflète une vision bien étriquée, mais surtout dangereuse, de ce que pourrait être demain l’industrie nucléaire mondiale. Vos recommandations vont conduire imparablement l’industrie nucléaire française à repasser sous le joug de l’industrie nucléaire américaine, avec pour seule issue, son élimination. Alors que tous les éléments sont encore réunis pour que l’industrie nucléaire française maintienne et renforce sa position de numéro UN mondial, vous conduisez ce fleuron de l’industrie nationale, pourvoyeur de devises et d’emplois, à sa liquidation.

Il vous aurait fallu concevoir qu’il puisse y avoir une vision stratégique différente de celle de la France du Pouvoir, pour pouvoir - au moins - discuter de la validité des différentes options possibles. Ceci vous aurait permis de découvrir la réalité des opportunités de développement qui existent pour la France en matière de nucléaire, opportunités de développement qui sont et demeureront très limitées aux Etats-Unis, mais qui sont et seront gigantesques ailleurs.

Je vous prie de croire, Messieurs les Députés, en l’expression de mes salutations distinguées.

Professeur André Maïsseu
Président du World Council of Nuclear Workers - WONUC

La réponse de Messieurs Bataille et Birraux (3 juin 2003)


La réponse de André Maïsseu à la réponse de Messieurs Bataille et Birraux (3 juin 2003)

Paris, le 29 juin 2003

Monsieur Christian Bataille
Monsieur Claude Birraux
Assemblée Nationale
Paris

Messieurs,

C’est avec la plus vive surprise que j’ai pris connaissance de votre courrier en date du 3 juin 2003 - qui ne m’est parvenu que le 19 juin 2003 - tant les attaques personnelles que contiennent ce document ne sont pas dans la tradition républicaine des relations qui devraient exister entre les citoyens français et leurs élus. Ces attaques et les propos dont elles procèdent n’apporteraient aucune réponse de ma part, les polémiques - avec qui que ce soit - ne m’intéressant pas, même s’il m’est aisé de vous faire observer :

  • que parmi les soi-disant 180 chercheurs ou spécialistes que vous avez consultés, un nombre certain n’ont aucune qualité à se prétendre experts, comme cette chargée des relations avec le Parlement, ces responsables de la communication, etc., ou ces ressortissants de pays qui n’ont plus aucune activité en matière de recherche nucléaire ;
  • que le développement du dessalement nucléaire a été approuvé par l’Assemblée générale de l’IAEA, proposition que la France a soutenue et qu’elle a votée;
  • que vos assertions concernant les combustibles nucléaires, que vous qualifiez d’anti-proliférants, sont fort plaisantes et comparables aux assertions des détracteurs de Galilée ou de Christophe Colomb (voir par exemple les combustibles au thorium, ou les travaux effectués dans les années 60 - 70 à Argonne).
Cependant, votre lettre appelle une réponse car il m’est impossible d’approuver votre 3ème § : « Votre assertion selon laquelle la recherche nucléaire est plus active en Russie et dans différents pays émergents est contraire à la vérité, comme en témoignent les effectifs, la qualification des chercheurs et les budgets alloués ».

En sus du fait que votre relation de mes écrits est erronée, vos propos sont stupéfiants sachant que les pays que j’ai cités sont le Japon, la Corée du Sud, la Russie, l’Inde, la Chine : Comment peut-on écrire de telles lignes, alors que vous n’avez rencontré aucun représentant de ces pays (tout comme vous n’avez rencontré aucun Prix Nobel, ni aucun représentant de l’Union européenne, ce sur quoi j’observe que vous n’apportez aucune justification). Avez-vous une idée des effectifs des chercheurs de ces pays ? Avez-vous une idée des budgets que ces pays consacrent à la recherche nucléaire ? Mais surtout, comment pouvez vous oser prétendre que les qualifications des chercheurs du Japon, de la Corée du Sud, de la Russie, de l’Inde ou de la Chine, sont inférieures à celles des chercheurs de France ou des Etats-Unis ! Votre hexogalite outrancière vous aveugle fâcheusement et risque, par sa suffisance, de conduire l'industrie nucléaire française a bien des déboires.

Je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de mes salutations.

Professeur André Maïsseu

Président